Un ciel sans un nuage, une douce température, pas un souffle de vent. Le temps était idéal pour se lancer dans une soirée d’astronomie, après de longs mois sans avoir pu se prêter à cette activité nocturne.

Rapidement je décidai de me concentrer sur la région réunissant le Scorpion et le Sagittaire, au sein de laquelle il me restait tant d’objets à découvrir. Située au sud, elle me promettait un exercice assez difficile, mon horizon étant bouché presque complètement dans cette direction, la faute aux maisons voisines et à un immense arbre, dont le nom m’importe peu. Avec l’aide de Stellarium, je m’aperçus que je n’aurai que peu de temps à ma disposition et qu’il me faudrait donc agir avec efficacité pour espérer pouvoir apercevoir ces constellations basses sur l’horizon.

J’attendais avec impatience l’extinction des nombreuses et aveuglantes lumières parasites, soit 23h00, et en profitais pour diriger mon tube vers deux points brillants que je savais être Mars et Saturne. Sises à proximité d’Antarès, les deux planètes me permettraient de vérifier le bon réglage de mon chercheur. J’attaquais directement au 4,7mm. Mars m’apparut tel un globe orangé mal défini. J’attribuai la pauvreté du résultat à un télescope pas encore tout à fait à température, mais le spectacle qui s’ensuivit mis à mal ce préjugé. Saturne, en effet, m’apparut dans toute sa splendeur : la division de Cassini se détachait nettement tandis que les bandes équatoriales se révélaient sans pudeur. Il s’agit sans aucun doute de la plus belle vue qui m’ait été offerte.

Une fois les lampadaires éteints, je pus enfin me mettre à la recherche des objets que je m’étais promis d’observer. Mais la présence des habitations amputait largement les constellations du Scorpion et du Sagittaire, rendant compliqué tout repérage efficace.

Un peu dégouté (car conscient que, depuis chez moi, je ne pourrai jamais accéder à tous les objets du catalogue Messier) et prêt à tout remballer, je décidai néanmoins de coller mon œil à l’oculaire et de voyager un peu au hasard autour d’un groupe d’étoiles brillantes dont l’appartenance m’était incertaine. Je tombai rapidement sur une tache floue mais bien visible, elle-même à proximité d’une autre nébulosité. Mon Reisenatlas ne me donnait pas une réponse catégorique, surtout dans cette région peuplée de multiples objets en tout genre (je pensais alors être confronté à M7). Navigant un peu à l’aveuglette pour tenter de découvrir un signe qui me permettrait de me repérer, mon regard s’arrêta sur une forme caractéristique. « Un cygne », m’écriai-je. Un petit détour par l’Ipad me confirma que la Nébuleuse du Cygne, un des surnoms donné à la Nébuleuse Omega, s’ébrouait dans cette partie du ciel et semblait comme absorbée par un diamant posé devant elle.

Sachant désormais où je me trouvais, mon salut vint, et ce n’est pas la première fois, du J'observe le Ciel Profond dont j’ai déjà fait allusion dans ce blog. Un rapide coup d’œil sur l’apparence des objets à proximité me confirmera que les nébulosités aperçues peu avant consistaient en M20 et M8. Je pus enfin me repérer.

Il me fallait cependant faire vite, car la Terre tournait et, petit à petit, mais inéluctablement, les étoiles « descendaient » sur l’horizon et se trouvaient rapidement cachées par ma haie.

Un sprint débuta alors, qui consistait à observer tous les Messiers de la zone. Je mis un point d’honneur à m’assurer de l’identité de l’objet avant de passer au suivant. M8, M20, M21… il suffisait de remonter lentement le tube pour poursuivre la ballade. M28 et M22 me prirent un peu plus de temps pour valider leur identité. A l’oculaire, M17 et M18 étaient très proches, ainsi que M24 qui apparaissait comme une masse sombre, ce qui facilitait ce jeu de saute-étoiles auquel je m’adonnais. M23 et M25, de chaque côté, finirent de remplir mon carnet de chasse, dont l’ultime proie sera M16, nébuleuse de l’Aigle qui, à l’oculaire, ressemblait à une petite souris perchée sur son nez avec une queue faisant penser à celle de la Constellation du Lion.

Pour parfaire mon éducation, puisque ces objets sont censés être visibles et intéressants à travers des jumelles, je me munis de ma paire de 12x50. Malheureusement, celle-ci ne me donnent plus autant satisfaction qu’auparavant, le ciel semblant bien terne au travers. Je la remisai donc par devers moi, après avoir observé M20. 

Mon voyage aura duré deux heures, de 23h00 à 1h00, et ne fut perturbé que par la mélodie d’un moustique qui m’obligea à me frotter le visage avec des feuilles de citronnelle et par le vol d’une chauve-souris qui, j’espère, a fait de l’insecte importun son repas. Et aussi, et surtout, par le passage de nombreuses voitures qui n’avaient même pas la délicatesse de rouler feux éteints. Cette moisson obtenue derrière mon 30mm (mon unique compagnon cette nuit-là) fut de tout premier ordre avec non moins de onze nouveaux objets observés (en deux heures), même si Je n’ai pas pu m’y attarder, le but étant de tous les dénicher. Si l’occasion s’y prête, j’aimerai y retourner, muni d’un filtre pour rehausser le contraste. Ces nébuleuses méritent vraiment le coup d’œil et j’y retournerai à l’occasion, maintenant que je connais l’heure à laquelle ces objets sont disponibles et dans quelle partie du ciel elles se nichent.

Il reste encore des trous dans ma liste, et ceux-ci risquent de perdurer pour peu que je ne veuille pas changer d’air. La maison de Joseph et son immense arbre me dissimuleront à jamais M6 et M7 (deux amas ouverts) et très probablement M54, M55, M69 et M70.

 

Le lendemain je décidai de me jeter à l’eau et de procéder à la collimation de mon miroir secondaire. Cela ne semblait pas si difficile que ça. Après deux tours de tournevis, je l’avais complètement déréglé. Je ne tardai pas à tout remettre en place et à desserrer l’étreinte qui pinçait mon primaire. J’espère ne pas avoir fait de bêtises en tout cas.

M17, la Nébuleuse Omega (dite du Cygne)