Etant en vacances, je me devais de profiter de chaque occasion pour sortir mon télescope. Une seule crainte étreignait mon âme : devoir assister impuissant au spectacle affligeant de mes optiques complètement déréglées suite à une incompétence notoire en mécanique.

Rassemblant tout mon courage, j’élaborai rapidement mon plan de vol, décidant sans hésitation de concentrer mes efforts sur la même région que celle qui m’avait dévoilé tant de ses secrets la fois d’avant. Direction plein sud donc, les yeux levés à la rencontre d’Ophiucus, le Serpentaire, avant d’achever la soirée avec l’Ecu de Sobieski.

Une fois encore rageant de toute cette pollution lumineuse livrée, telle une indécente trainée à nos yeux chastes, je me résolus à malmener la plus proche source de lumière, espérant que cet acte d’intimidation soit suffisant pour que ces sentinelles implacables cessent enfin leur tâche ingrate et, qu’enfin, puisse mon univers se draper d’un voile de ténèbres que nulle clarté ne viendra percer.

Las, mes imprécations resteront murmures inintelligibles. Les onze coups de vingt-trois heures se mirent enfin à retentir et, comme par magie, les astres, enfin débarrassés de leur voile diaphane pour se parer d’atours plus agréables à l’œil de lu poète, s’allumèrent tous ensemble.

Cette région sud, encombrée d’un paysage grotesque, me valut bien des difficultés. Mon orientation s’avéra hésitante, à tel point que peu de joyaux s’offrir à mes yeux avides.

Je tombai, un peu par hasard, sur deux de mes nouvelles amies, M8 et M20. De là, je pus enfin tracer des points de repère dans cette vaste étendue. Je découvris ce que je pense être M22, un amas globulaire incontournable de par ses dimensions.

Mon chemin me mena vers un groupe d’étoiles dont la présence n’était indubitablement pas fortuite. Il s’agissait en effet de IC4665, amas ouvert situé dans le Serpentaire et composé d’étoiles brillantes disposées de façon géométrique, telles un réseau de rues new yorkaises, le bruit en moins.

Mon périple se termina avec M14, qui apparaissait bien petite, même au 17mm que je montai dans le porte-oculaires pour l’occasion, puis M12 et M10, ce dernier étant proche d’une étoile brillante permettant de ne pas la confondre avec sa voisine. Ces trois amas globulaires se trouvent dans le Serpentaire.

Notons que toutes ces visites ne m'ont pas laissé un souvenir impérissable, à part peut-être celle rendue à M22, les images manquant de piqué. (Note: une petite vérification m'a plus tard permis d'apprendre que M14 a besoin d'un téléscope équipé d'un miroir de 300mm pour commencer à se révéler. Mon matériel n'est donc pas forcément en cause.)

J’ai enfin tenté de pointer NGC6309, la Nébuleuse de la Boite, mais celle-ci s’est avérée un peu trop basse, noyée dans un enchevêtrement de végétation sauvage.

La soirée s’acheva dans l’aveuglante lumière d’une Lune qui, se reflétant impitoyablement sur chacun des murs, couvrit avec dédain la lente parade des étoiles de son orgueilleux éclat usurpé.

A l’oculaire je vis, et cela explique peut-être le faible rendu des scénettes de cette nuit, que l’image dansait telle une bohémienne devant Notre Dame. La chaleur de la journée et surtout le vent qui s’engouffrait graduellement dans le tube tel une infection dans une plaie propre en sont certainement la cause Je l’espère en tout cas, peu désireux d’avoir à admettre mon échec dans le réglage de mon appareillage. Le terminateur proposait un spectacle qui, s’il n’était pas à couper le souffle, me permis de clore la soirée agréablement.

Le lendemain, à midi, la Lune gibbeuse était encore visible dans le ciel mais ne tarderait pas à s’éteindre, vaincu par la majesté du soleil invincible.

IC4665