Que faire quand le ciel est dégagé mais que les températures frôlent avec le seuil fatidique à partir duquel l’eau se transforme en glace ? Que faire lorsque l’on a du matériel onéreux à disposition et qui attend de servir mais que l’on serait si bien devant la télé ? Et bien, on se sort les doigts des moufles et on y va. Du moins cette fois-ci.

Qui plus est, c’est la Nouvelle Lune.

Avant de me persuader que je devais sortir, je me suis préparé une petite liste d’objets à voir. Mais la soirée étant déjà fort avancée (23H30), je ne pourrais pas la compléter. Ne pouvant plus descendre sous (la très brillante) Sirius, je laissais échapper M41, amas ouvert dans la constellation du Grand Chien. Encore raté (comme le 8 novembre dernier). Je suis loin d’être attiré par les amas ouverts, mais comme je me suis fixé pour objectif de visiter tous les Messier… Egalement trop tard pour observer M79, amas globulaire dans la constellation du Lièvre.

Les lampadaires étant éteints, je sors le télescope, face à la rue. Le jardin est baignée dans la lumière d’un $#§% de voisin parti se saoûler, je n’ai guère d’autre choix. Me voici soumis au passage des voitures, heureusement peu nombreuses.

Commençons notre voyage dans les profondeurs et glacés de l’infini.

Etrangement, mes yeux ne s’étaient jamais posés sur M78, nébuleuse située dans la constellation d’Orion, au-dessus de la Ceinture d’Orion. Légère tache floue au 30mm, le 17mm permet d’apercevoir deux étoiles à l’intérieur. Ce ne sont pas des têtes d'épingle, mais c’est ma collimation qui en est la cause. Il fait trop froid pour sortir le 8mm

Tant qu’on y est, on en profite pour voir ce qui se passe sous la ceinture, et on jette un œil admiratif sur M42 et M43. Trichtrich a eu tort de ne pas vouloir venir admirer cette splendeur ! Le 17mm est vraiment l’oculaire qu’il faut pour cette nébuleuse.

Jupiter, haut dans l’horizon, s’exhibe. Magnifique, comme toujours. Sa magnitude apparente nous brûle la rétine, même au 4.7mm. Trois satellites sont visibles, ainsi que deux bandes équatoriales. Sans effort.

M44, amas ouvert dans le Cancer (également appelé Amas de la Crèche ou encore Amas de la Ruche – qui a dit Amas de la Cruche ??) semble être masqué par une fine couche de brume. Les phares d’une voiture passant me confirment que l’humidité fait son apparition. M44 est sympathique à voir, comme peuvent l’être les amas ouverts.

Elle doit me servir de base pour trouver M67, autre amas ouvert dans le Cancer. Mais la constellation est difficilement visible dans un chercheur recouvert de buée. Après maintes recherches, je décide de me mettre à la recherche de M104, la magnifique Galaxie du Sombrero. Pour ce faire, je suis le long corps sinueux de l’Hydre et tente de repérer le Corbeau. Une drôle d’étoile n’apparait pas sur mes cartes. Serait-ce Spica de la Vierge, et confondrais-je Spica avec Arcturus du Bouvier ? M104 reste invisible. La buée sur le chercheur joue bien son rôle. Je décide, pour je ne sais quelle obscure raison de jeter un rapide coup d’œil à l’oculaire, histoire de voir à quoi ressemble cette étoile que je ne reconnais décidemment pas dans le tracé des constellations. Et là, je ne vois non pas un point mais un disque. Je me précipite dans la maison pour vérifier, dans une éphéméride si mes soupçons sont justifiés. Ils le sont. Mars se trouve bien en ce moment dans la Vierge. Laissant de côté la vaine recherche de M104, je passe au 4.7mm. Bien que plus proche de la Terre que l’est Jupiter, la « planète rouge », à cause de sa taille, apparait relativement petite à l’oculaire. On devine, sur le disque orangé, une large tache grisâtre, témoin de la topographie martienne. Je ne verrai néanmoins pas les calottes polaires.

Puis, têtu comme un âne, je me redirige en direction du Cancer, dans le fol espoir de parvenir à mes fins. Et je finirais finalement par capturer M67, qui forme comme un bonnet de Schtroumpf. Une étoile brille davantage que les autres et l’on peut imaginer qu’il s’agit de la boucle d’oreille de la Schtroumpfette.

C’est à cet instant qu’arrive Trichtrich, phares éteints comme je lui ai instamment demandé (et il m’a obéi, le bougre !). Je lui montre ma dernière trouvaille. Je le sens un peu intimidé. Je soupçonne la mise au point ne pas correspondre à sa vision, mais il ne semble pas vouloir toucher au télescope. Je lui remets Mars. Etonnament, j’éprouve les pires difficultés à cadrer convenablement la planète. Je le sens un peu déçu : il s’imaginait pouvoir contempler le même spectacle que celui que nous offrent les images prises par les sondes spatiales. Changeons de cible, et montrons-lui Jupiter. Sa réaction est différente. La planète est d'ailleurs encore plus belle qu'elle ne l'était il y a une demi-heure. Je lui explique que les points (désormais au nombre de quatre) sont les satellites. Il voit les bandes équatoriales et, apparemment, la bande tempérée nord-nord (c’est-à dire en bas de l’oculaire). La constellation d’Orion (et tous les magnifiques joyaux qu’elle recèle) n’est malheureusement plus visible. Dernière chose : j’ai aperçu un drôle de truc dans le ciel nord-est, assez bas sur l’horizon. Comme un feu d’artifice qui décollerait (sans bruit et dans une direction « haut vers bas » avec un angle de 45°), mais qui n’explose pas. Cela m’a fait penser aux débris de la Station Spatiale Internationale qui retombent sur Terre dans le film Gravity.

Ne voulant pas transformer mon ami en bonhomme de neige, je ne tenterai pas la recherche de M48. L’amas me tendait pourtant la main pour que je le rejoigne. Mais, vu le temps passé à trouver M67 et l’impossibilité à dénicher M104, je me dis que j’ai bien fait de préserver notre santé à tous deux. Beaucoup de route pour pas grande chose au final.

(23H30-2H00)

- Note : il est intéressant de remarquer que les gens ne s’inquiètent de voir un gars encagoulé se planquer à leur arrivée (histoire d’échapper aux satanés phares de leur non moins satanée voiture). Ca m’arrange : je n’ai pas eu à bouger mes lèvres crispées de froid pour leur donner une explication.

- Choses à faire : acheter (en plus d’un filtre UHC pour les nébuleuses) des filtres pour les observations planétaires. Mars, Jupiter et Saturne n’ont pas fini de se dénuder devant mon œil grivois.

- Notes pour pouvoir apprécier un amas ouvert dans toute sa splendeur. Je me suis encore plaint, dans ce billet, de la beauté toute relative des amas ouverts. Pour être honnête, il s’agit plutôt d’une question de matériel. Les amas ouverts sont beaucoup plus jolis lorsque le grossissement reste faible. C’est une proie parfaite pour les jumelles, qui parvient à embrasser l’objet d’un seul regard. Un télescope comme le mien, même à faible grossissement (41x), ne procure pas un recul suffisant. L’achat d’un oculaire (onéreux) avec une focale plus grande n’est de toute façon pas à l’ordre du jour. Reste à essayer avec mon 115mm.

M67, dans le Cancer